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Les mensonges de Glencore en République Démocratique du Congo

Début septembre, Glencore a publié son premier rapport de durabilité. Un changement de cap puisque jusque-là la firme basée à Baar ne communiquait pas sur les questions sociales et refusait tout dialogue à ce sujet. Toutefois, pour que cette évolution ne soit pas un simple exercice de relations publiques, le chemin est encore long. En effet, fin septembre 2011 des collaborateurs de Pain pour le prochain accompagnés par des partenaires d’Action de Carême se sont rendus dans la région de Kolwezi, là où se situent les investissements de Glencore en République Démocratique du Congo (RDC). La réalité sur le terrain montre que les déclarations faites par la firme helvétique sont de la poudre aux yeux. En effet, au Katanga rien n’a changé : les filiales de Glencore polluent impunément les cours d’eau avec des rejets d’acide sulfurique et de métaux lourds, elles procèdent à des licenciements abusifs et ne respectent pas les droits humains. Prenons trois exemples.

Premièrement, les droits humains

Glencore affirme travailler selon «les principes d’une rémunération équitable et d’une tolérance zéro pour les violations des droits humains» (rapport de durabilité 2010, page 29). Pourtant en juin 2010, des violences policières ont engendré la mort d’au moins trois creuseurs artisanaux sur une concession de Kamoto Copper Company (KCC), une filiale de Glencore. Avant de donner l’ordre d’évacuation des creuseurs, KCC n’a pris aucune mesure pour limiter les risques de violences. Et, suite à ces affrontements, aucune enquête n’a été diligentée par KCC pour connaître le déroulement des faits et aucune leçon n’a été tirée publiquement. Cette attitude est en contradiction complète avec les principes volontaires sur la sécurité et les droits de l’homme (PVSDH), une initiative internationale à laquelle la filiale de Glencore affirme pourtant se référer. Quant au rapport de durabilité de Glencore, alors qu’il affirme viser la tolérance zéro pour les violations des droits humains, il ignore purement et simplement les problèmes. Dans les 110 pages du rapport, pas une ligne n’est consacrée aux incidents qui ont eu dans le Katanga.

Deuxièmement, la pollution des cours d’eau.

Dans ses lignes directrices, Glencore affirme que : «afin de gérer et limiter l’impact environnemental de nos activités, nous identifions les risques associés à chaque étape de notre chaîne logistique. … nous développons des systèmes et programmes de gestion permettant de répondre aux standards internationaux des meilleures pratiques et d’assurer le respect des dispositions réglementaires.» (Corporate practice, version française, page 39). Pourtant, dans le Katanga, l’eau des usines des filiales de Glencore est rejetée  sans aucun traitement dans les rivières. Pour fabriquer les cathodes de cuivre, les usines utilisent de l’acide sulfurique et d’autres substances toxiques. L’eau est également chargée de métaux lourds. Le rejet de ces substances dans l’eau des rivières a engendré la destruction de la faune et de la flore et aujourd’hui, il n’y a plus de poissons dans la rivière de Luilu. Résultat: les villageois qui vivaient de la pêche ont dû trouver d’autres sources de revenus. Quand à la consommation de cette eau, elle aurait des conséquences dangereuses sur la santé des habitants.

Troisièmement, la réalisation de projets sociaux.

Dans son rapport de durabilité, Glencore affirme avoir investis plus de 23 millions de dollars depuis 2008 dans des projets sociaux dans la région de Kolwezi (voir page 51 du rapport de durabilité). Ces projets sont énumérés dans une longue liste, dans laquelle figurent notamment le forage de puits pour les villages de Musonoie, Mutoshi et la ville de Kolwezi, ainsi que la réhabilitation ou la construction de différentes écoles dont l’Athénée royale, l’université et le collège Jean XXII de Kolwezi ou les écoles de Walemba et Maupaja. Or, une vérification sur le terrain démontre que cette liste est pleine de demi-vérités…. ou de demi-mensonges. L’université de Kolwezi par exemple n’est pas un don de la filiale de Glencore, mais le remboursement d’une dette. En effet, la société KCC avait des arriérés de 475'000 dollars de paiement de péages. Plutôt que de rembourser ce montant en liquide, les autorités de Kolwezi ont proposé à la société de contribuer à la construction de l’université. Autre exemple, le forage des puits: si les forages sont avérés par exemple pour Mutoshi, ce n’est pas le cas pour Musonoie : aucun habitant n’a connaissance d’un puits qui aurait été creusé par la filiale de Glencore.

Un rapport trompeur

L’écart entre le portrait de Glencore issu de son rapport de durabilité 2010 et la réalité sur le terrain interpelle: jusqu’à quel point une entreprise peut-elle mentir aux investisseurs? Et quels moyens ont ceux-ci de vérifier les allégations d’une société? Pour Pain pour le prochain, cet exemple prouve que les initiatives volontaires et les auto-évaluations des firmes ne sont pas suffisantes. Pour garantir le respect des droits humains et des normes environnementales partout dans le monde, des normes contraignantes sont nécessaires. Tel est l’objectif de la campagne «Droit sans frontières».


08.11.11 Auteur : Chantal Peyer





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